lundi 28 avril 2008

Tout ce que vous publierez pourra être retenu contre vous

Récemment interviewée par une journaliste sur la relation entre identité numérique et emploi, je me suis dit que ce qui était évident pour moi ne l’était pas forcément pour tout le monde et que cela valait bien un post.
Règle N° 1 : Tout ce que vous publiez pourra être retenu contre vous.
Règle N°2 : Le web a la mémoire longue.
Règle N° 3 : Il n’y a pas de cloison, pas d’étanchéité et pas de hiérarchie sur Internet.
Une fois que vous avez intégré ces 3 principes vous allez devenir beaucoup plus prudent sur ce que vous laissez passer comme information vous concernant.

A 20 ans, on s’amuse, on participe à des forums, des chats, on s’inscrit sur des sites de réseaux amicaux, on publie des photos de soirées arrosées, on s’insurge contre telle actualité et on dénonce avec force telle injustice ou tel gouvernement.
A 25 ans, diplôme en poches, on s’inscrit sur des sites professionnels pour trouver du travail. Jusque-là tout est logique.
Que se passe-t-il quand le recruteur à qui vous envoyez votre CV « googlise votre nom » ? Quels sont les premiers sites qui apparaissent dans les résultats ? Vous en joyeux drille ? Pas très sérieux. Vous en défenseur de la cause de la Pasbécanie* ? Cela tombe mal car précisément les actionnaires de l’entreprise sont précisément les ennemis des pasbecaniens.

Il est donc fondamental de mettre en place dès à présent une stratégie de présence organisée sur le Net.
- Anticiper l’avenir. Pour les sites « fun », pas de photographies compromettantes. Pour les sites d'opinion, pas de propos subversifs ou alors prendre des pseudos.
- Gérer son image personnelle. Préparer un topo qui résume votre formation, votre parcours professionnel, vos goûts et talents et quelque soit le site dans lequel vous vous inscrivez, toujours raconter la même chose.

Même Bill Gates n'y a pas échappé, ci-dessus la photographie de son arrestation à Mexico en 1977.


NDLA : * pays imaginaire

mardi 22 avril 2008

Opérations pot de miel.

Le FBI a développé dès 2005 une nouvelle technique d’investigation pour prendre dans ses filets les pédophiles. Il a mis en place des sites avec des liens proposant des vidéos de mineurs à caractère sexuel. Ceux qui cliquent dans ces liens se font identifier via leur adresse IP par les serveurs de surveillance mis en place par le gouvernement. La Cour a approuvé ce procédé qui a permis d’arrêter de nombreux criminels. La gendarmerie française utilise les mêmes pratiques avec toutefois un encadrement juridique plus contraignant qui lui interdit notamment de faire de l’incitation au délit.
Dans l’absolu on approuve ce principe quand il s’agit de faire la chasse aux pédophiles mais les dérives sont proches. Car le danger est que demain, n’importe quel annonceur, institution, parti politique peut lancer des opérations « pot de miel ».
Des propos désagréables sur le Président, un internaute clique et le voilà catalogué comme potentiellement subversif… Comment frauder le fisc ? Si vous y allez, le contrôle fiscal vous guette…
Vous vous croyez à l’abri, un petit tour sur le site de
la CNIL vous montrera que votre navigation est pistée. Certains sites d'ailleurs vous accueillent dès la première visite par un "Bienvenue avec votre prénom et votre nom".
Tant et si bien que des solutions de protection de l’identité se mettent en place telle
Anonymity qui permet de masquer l’adresse IP de votre ordinateur et donc votre nom. Autre solution gratuite, celle-ci disponible sur le site de ZDnet.

Imaginons le pire, une mémorisation de toutes nos ballades sur Internet donnerait une vision bien précise de notre personnalité publique et privée...

dimanche 13 avril 2008

Globale paranoïa

Excellent colloque, vendredi 11 et samedi 12 avril au Palais de Tokyo sur les merveilles et les dangers des nouvelles technologies. En introduction, l’organisateur Eric Sadin, philosophe et poète, s’inquiète du contraste entre la prolifération accélérée des technologies de communication de plus en plus performantes et l’indifférence de l’opinion publique en grande partie ignorante des enjeux en terme de liberté et de vie privée.

Pour Eric Sadin, trois causes expliquent la rapidité des évolutions en cours.
1° : l’existence depuis peu d’une véritable architecture de communication avec interconnexion généralisée, géolocalisation fine, vidéosurveillance, biométrie, nanotechnologies et puces RFID.
2° : Une instabilité géopolitique chronique causée par des menaces terroristes diffuses qui justifieraient une surveillance qui va jusqu’à l’anticipation d’actions violentes par des groupes armés.
3° : Une agressivité commerciale du marketing qui utilise toutes les technologies pour comprendre les besoins des consommateurs et leur faire des propositions pertinentes. Arme ultime, les bases de données, véritables ombres digitales de nos comportements qui permettent de rendre le consommateur transparent. Pour limiter les abus, il importe d’informer les utilisateurs et de s’assurer que la loi encadre les évolutions en cours.

Seconde intervenante : Sophie Vulliet-Tavernier rappelle les principes fondateurs de la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL) et constate que l’opinion publique reste relativement indifférente. L’explication en est simple, tous ces process de surveillance s’installent sournoisement par petits modules, un empilement de « little brothers » dont il est difficile d’avoir une vue globale.
Michel Alberganti, du journal Le Monde, a exposé le fonctionnement des dispositifs de micro-émissions RFID (exemple le pass Navigo de la RATP) et les dérives qui en découlent. Les sociétés commerciales en exploitent les informations comportementales alors qu’elles tiennent des discours lénifiants sur la simplification des activités domestiques que permettent ces technologies. Michel Alberganti vient de publier "Sous l’œil des puces, la RFID et la démocratie", un ouvrage passionnant.
François Deneuil, patron du Labo Espaces Intelligents nous a projetés dans la "Société de l’Intelligence" où objets et espaces évoluent, se modifient au gré de nos souhaits. La ressource rare, c’est notre capacité d’attention qui est soulagée de toute une série de tâches ennuyeuses du type consulter une carte pour retrouver son chemin.

Alexei Grinbaum, Larsim-CEA, a fait une intervention passionnante sur " la veille nanotechnologique à l’intérieur du corps" et les problématiques totalement inédites de ces nouvelles applications. Il a accepté de mettre son intervention sur le Blog Invité du 11ème Blog.

A retenir également, les travaux de Didier Bigo sur la sécurité et la libre circulation des personnes que l’on trouve notamment dans la revue "Culture et Conflits" entièrement en ligne. Et l’intervention de Michel Riguidel sur la sécurité des réseaux numériques et les nouvelles solutions qui pourraient réintroduire des capacités de protection de l’individu. Antoine Rebiscoul, directeur de la Stratégie de Publicis, fait la synthèse de ce qu’apportent les nouvelles technologies au marketing contemporain.

jeudi 10 avril 2008

Gilles Gabriel – où comment créer un personnage de toute pièce.

En quelques jours Gilles Gabriel rejoue les stars. Ce crooner des années 70 fait un come-back et son vieux tube « Flou de toi » devient le succès de My Space. Il n’a pourtant pas laissé grande trace dans nos mémoires alors pour en savoir plus qu’est-ce qu’on fait ? Eh bien on cherche sur le web, Wikipedia, Dailymotion et Facebook qui nous racontent sa belle histoire. Seulement voilà, Gilles Gabriel est une pure création du service marketing qui assure la promotion du dernier film d’Alain Chabat La personne aux deux personnes qui sortira en juin prochain.
Il a quand même fallu quelques jours aux utilisateurs du web pour démasquer la supercherie.

Que nous enseigne cette brillante démonstration ? On peut du jour au lendemain donner corps à un nom. Il suffit pour cela de prendre le temps de s’inscrire dans différents sites comme ceux cités précédemment mais aussi d’en ajouter d’autres et quelques heures plus tard la personne existe puisqu’elle a des références sur le web. On lui crée une vie lycéenne avec
Copains d’avant, de la notoriété avec Wikipedia en inventant quelques livres qu’elle aurait écrits. Un réseau d’amis sur Facebook (facile, vous pouvez avoir des centaines d’amis en quelques heures et surtout s’ils sont célèbres…car ce ne sont pas eux qui gèrent leurs amis bien entendu).
Sans être complètement paranoïaque, il faut quand même être vigilant. Si vous cherchez des références sur votre futur gendre soyez prudent ! Il peut très bien avoir "gonflé " son profil. Idem pour votre futur employé.
On peut donc créer une identité virtuelle en quelques clics. Si cette fois c'était pour le buzz, rien n'exclut que les mêmes pratiques ne soient pas utilisées à des fins malhonnêtes.
Ce jour, Wikipédia a réagi à cette imposture en supprimant la page dédiée à Gilles Gabriel. La requête renvoie maintenant sur le la page d'Alain Chabat.

mardi 8 avril 2008

Newsletter de Stratégie du 8 avril 2008

Je tenais à remercier vivement Stratégies.fr qui, dans sa newsletter du 8 avril 2008 a signalé mon billet sur le SNIFF, cette incroyable application qui, jusque-là réservée aux services de police, a été rendue disponible au grand public.