7 févr. 2008

Avoir des tas d'amis, mais à quel prix !

Facebook, contrairement à eBay, n’a pas été conçu comme un service à rendre à une communauté, c’est un pur produit de la Silicon Valley créé par des capitaux risqueurs. Le projet a été pensé par Mark Zuckerberg (l’actuel patron de Facebook) et soutenu par Peter Thiel, philosophe du futur et l’investisseur Jim Breyer de Accel Partners.

En juin 2004, trois étudiants d’Harvard, Chris Hughes, Dustin Moskowitz et Mark Zuckerberg lancent le site et vont voir Peter Thiel qui investit alors 500 000 $, bien lui en prend car cet investissement initial est aujourd’hui valorisé à près de 1 milliard. Thiel est considéré comme un investisseur de génie. Il est rappelons-le le co-fondateur et le PDG de PayPal, vendu à eBay pour 1,5 milliard de dollars dont 55 millions iront directement dans sa poche. Fortune Magazine n’hésite pas à le qualifier de membre actif de « la Paypal mafia ». Mais ce Thiel est bien plus qu’un judicieux investisseur, c’est aussi un néo-conservateur actif opposé à l’idéologie multiculturelle. Dans le site Thevanguard.org, il s’exprime longuement sur le sujet. La vision de Thiel est simple, comme la vie est « moche, brutale et courte » il ne reste donc qu’à conquérir le monde virtuel, le seul endroit où on peut encore faire de l’argent. Thiel explique que c’est ce qui l’a motivé à créer PayPal : « la valeur n’est plus dans les objets manufacturés mais dans les relations entre les personnes. » PayPal, c’est la liberté de faire circuler de l’argent dans le monde sans restriction.

Facebook est donc une nouvelle expérimentation capitalistique. Gagner de l’argent en « créant des relations » entre individus. Facebook n’a rien de créatif, c’est juste de la médiation relationnelle. Le mentor de Thiel est le philosophe français René Girard de l’Université de Stanford qui a développé la théorie comportementale du désir mimétique. Les gens sont des moutons et se copient sans réfléchir…l’objet désiré n’a pas d’importance, ce qui compte c’est de savoir que les foules bougent en masse. D’où le succès de Facebook.
Sachez aussi que Thiel pense que l’art, la beauté, le plaisir, la vérité sont des concepts démodés, que les impôts ne sont pas justifiés. Il est favorable aux paradis fiscaux et dit en rien ne pas craindre de révolte ouvrière grâce à la mise à l’abri de ses gains sur ses comptes bancaires au Vanuatu. Et comme la vie est « courte » Thiel a aussi investi dans une société de recherches de technologies visant à augmenter la durée de vie. En bref, Thiel déteste la vraie vie et lui préfère un monde virtuel où Facebook prend tout son sens, un monde expérimental manipulé et manipulable.

Jim Breyer est le partenaire financier de Accel Partners qui a investi 12,7 millions de dollars en avril 2005 et dans ce fonds on trouve via Greylock Venture Capital un autre partenaire de NVCA qui est aussi dans In-Q-Tel, le fonds d’investissement de…la CIA. Le département de la défense et la CIA adorent les technologies parce qu’elles rendent l’espionnage plus facile. En 2003, Donald Rumsfeld déclarait : « Nous devons trouver de nouvelles voies pour décourager nos adversaires…Nous devons saisir l’opportunité de l’ère de l’information qui est le point central de notre évolution ».
De là à imaginer que Facebook serait une sorte d’extension du programme de contrôle américain qui permettrait le croisement de datas de cet énorme outil de collectes d’informations il n’y a qu’un pas.

Les créateurs du site ont peu à faire. Assis confortablement derrière leurs écrans, ils regardent des millions de personnes s’inscrire et entrer données personnelles, photographies et objets de leur consommation. Il ne leur reste qu’à revendre ces informations aux annonceurs. « Partager » est le mot utilisé par Facebook pour dire « faire la promotion ». Dès l’instant où vous donnez votre accord à Facebook pour être membre, vous devenez une victime vivante pour les publicitaires. Et c’est là le piège. Certes la presse traditionnelle fonctionne avec des annonceurs car il faut bien payer les journalistes, alors que Facebook ne paie personne puisque ce sont les membres eux-mêmes qui fournissent le contenu. De plus sur Facebook, les datas personnelles sont tellement précises qu’elles permettent de faire de la publicité hyper-ciblée. Même si Zuckerberg a reculé devant la levée de boucliers des opposants à Beacon, le programme de publicités que Facebook a tenté de mettre en place, on peut parier que le programme réapparaîtra de manière insidieuse.

Par ailleurs, avez-vous lu les conditions générales d’utilisation sur la vie privée que vous devez approuver avant de devenir membre ? Qui les lit d’ailleurs, c’est long et fastidieux.
Facebook se prétend basé sur la liberté mais…
Facebook préserve votre vie privée mais…
Facebook est une vaste communauté de 59 millions de consommateurs qui n’entretiennent plus que des relations virtuelles avec d’autres individus manipulés par les applications proposées et dont le temps est consommé en grande partie inutilement.

Le journaliste Tom Hodgkinson du Guardian a mené l’enquête et conseille vivement d’abandonner Facebook pour retrouver des relations vraies et concrètes entre individus tout simplement en utilisant un media simple et gratuit, la parole.

Article du 12 janvier 2008 du Guardian.

3 commentaires:

Richard a dit…

c'est bien vu.

Champagne a dit…

C'est effectivement intéressant tout autant qu'affolant. Me voilà conforter dans mon idée de Facebook : A FUIR !!

rougeboomerang a dit…

M'inscrire au livre des visages ?
Non merci !