13 avr. 2008

Globale paranoïa

Excellent colloque, vendredi 11 et samedi 12 avril au Palais de Tokyo sur les merveilles et les dangers des nouvelles technologies. En introduction, l’organisateur Eric Sadin, philosophe et poète, s’inquiète du contraste entre la prolifération accélérée des technologies de communication de plus en plus performantes et l’indifférence de l’opinion publique en grande partie ignorante des enjeux en terme de liberté et de vie privée.

Pour Eric Sadin, trois causes expliquent la rapidité des évolutions en cours.
1° : l’existence depuis peu d’une véritable architecture de communication avec interconnexion généralisée, géolocalisation fine, vidéosurveillance, biométrie, nanotechnologies et puces RFID.
2° : Une instabilité géopolitique chronique causée par des menaces terroristes diffuses qui justifieraient une surveillance qui va jusqu’à l’anticipation d’actions violentes par des groupes armés.
3° : Une agressivité commerciale du marketing qui utilise toutes les technologies pour comprendre les besoins des consommateurs et leur faire des propositions pertinentes. Arme ultime, les bases de données, véritables ombres digitales de nos comportements qui permettent de rendre le consommateur transparent. Pour limiter les abus, il importe d’informer les utilisateurs et de s’assurer que la loi encadre les évolutions en cours.

Seconde intervenante : Sophie Vulliet-Tavernier rappelle les principes fondateurs de la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL) et constate que l’opinion publique reste relativement indifférente. L’explication en est simple, tous ces process de surveillance s’installent sournoisement par petits modules, un empilement de « little brothers » dont il est difficile d’avoir une vue globale.
Michel Alberganti, du journal Le Monde, a exposé le fonctionnement des dispositifs de micro-émissions RFID (exemple le pass Navigo de la RATP) et les dérives qui en découlent. Les sociétés commerciales en exploitent les informations comportementales alors qu’elles tiennent des discours lénifiants sur la simplification des activités domestiques que permettent ces technologies. Michel Alberganti vient de publier "Sous l’œil des puces, la RFID et la démocratie", un ouvrage passionnant.
François Deneuil, patron du Labo Espaces Intelligents nous a projetés dans la "Société de l’Intelligence" où objets et espaces évoluent, se modifient au gré de nos souhaits. La ressource rare, c’est notre capacité d’attention qui est soulagée de toute une série de tâches ennuyeuses du type consulter une carte pour retrouver son chemin.

Alexei Grinbaum, Larsim-CEA, a fait une intervention passionnante sur " la veille nanotechnologique à l’intérieur du corps" et les problématiques totalement inédites de ces nouvelles applications. Il a accepté de mettre son intervention sur le Blog Invité du 11ème Blog.

A retenir également, les travaux de Didier Bigo sur la sécurité et la libre circulation des personnes que l’on trouve notamment dans la revue "Culture et Conflits" entièrement en ligne. Et l’intervention de Michel Riguidel sur la sécurité des réseaux numériques et les nouvelles solutions qui pourraient réintroduire des capacités de protection de l’individu. Antoine Rebiscoul, directeur de la Stratégie de Publicis, fait la synthèse de ce qu’apportent les nouvelles technologies au marketing contemporain.

2 commentaires:

Michèle a dit…

C'est terrifiant tout ce que vous nous racontez. J'ai bien l'impression que les entreprises nous utilisent en permanence à leurs fins, déjà elles nous bourrent le crâne de pubs et en plus elles observent nos moindres faits et gestes ! Elles feraient mieux de s'occuper de la qualité de vie de leurs employés !

Jacques a dit…

Intéressant tous ces aspects !