19 oct. 2010

Lire un livre numérique est-ce lire ?

Alors que le temps que nous passons devant nos écrans s’allonge, la proportion de gros lecteurs de livres se réduit considérablement d’après toutes les études. Une interrogation s’impose alors, qu’en est-il de la qualité de la lecture sur écran ? Ne risquons-nous pas une réduction de nos capacités réflexives ?

Les psychologues observent dans la classe des 14-18 ans un déficit attentionnel et une hyperactivité qui va de pair avec un temps important passé devant les écrans.

La lecture d’un livre sur écran est considérée aujourd’hui comme un type de lectures d’information, une lecture discontinue et parcellaire. Son intérêt c’est qu’elle peut être immédiatement complétée par une image, un son, une séquence vidéo. Impossible donc de parler d’appauvrissement, parlons plutôt d’une transformation de l’acte de lire. Cette transformation va également se faire en pouvant bénéficier des apports au texte d’autres lecteurs, experts ou amis. Un chercheur américain a ainsi écrit qu’on pouvait comparer ce processus à celui d’un lecteur qui lirait un livre tout en remplissant une grille de mots croisés !


Antoine Compagnon a déjà suggéré qu’avec une édition électronique de Proust on cliquerait sur la sonate de Vinteuil pour entendre du Fauré, sur "Le port de Carquethuit d’Elstir" pour voir des Boudin… L’imagination, faculté la plus stimulée par la lecture se trouvera alors sans emploi. Cette imagination grâce à laquelle nous nous représentions Manon quand l’Abbé Prévost se contentait d’écrire qu’elle avait « l’air de l’Amour même ».



Et pourtant il est bien difficile d’imaginer que la lecture de réflexion, la lecture d’étude, la lecture de plaisir va disparaître avec l’essor du livre électronique. Dans cinquante ans, on feuillettera encore avec bonheur les pages d’un bon livre !

2 oct. 2010

Le livre numérique, une révolution déjà accomplie.

Les débats qui se multiplient sur l’avenir de l’édition face à l’essor du livre numérique ont tendance à se polariser sur des comparaisons simplistes entre des acteurs centenaires que sont les éditeurs, les libraires, les lecteurs et une nouvelle industrie poussée par des formes multinationales. D’où une question lancinante sur les destructions induites par la révolution numérique, le risque de nouveaux monopoles avec les censures inévitables qui en résulterait.

Un autre débat, plus technique se borne à comparer les facilités offertes par le Kindle d’Amazon, en le comparant à l’Ipod d’Apple ; egronomie, fonctions, prix, politique éditoriale. Et là, surgit un espoir fou, le livre électronique va-t-il sauver…la presse…l’édition ?

La limite de ces types de débat c’est qu’ils font toujours l’impasse sur l’environnement dans lequel se développe le livre numérique. Pourtant depuis cinq ans, nous connaissons une révolution en profondeur avec un processus de numérisation qui bouleverse l’économie et les métiers de la connaissance. Les industries du disque ont subi de plein fouet ce bouleversement et on annonce partout que le cinéma, l’édition et la librairie vont subir le même choc. Si on prend en compte le contexte du livre numérique, c’est une autre réalité qui s’impose : l’apparition d’un mastodonte incontournable, d’une « entreprise-monde » comme il y a eu au XVIIIe siècle des cités mondes. Google, par la puissance de son algorithme de recherche et la rapidité de ses services en réseau, se trouve de fait le seul partenaire essentiel du livre électronique. Google-Books n’est que la première étape d’une hégémonie qui ne va pas sans poser, dès aujourd’hui des problèmes fondamentaux. Entreprise privée exemplaire cultivant l’initiative individuelle, Google est aussi le premier partenaire de l’administration du pays le plus puissant du monde, les Etats-Unis.

Face à ce nouveau géant surgi de nulle part, entreprises et états hésitent entre la diabolisation outrancière et l’abdication sans conditions.

Pourtant le Web 2.0 offre des capacités d’interaction entre éditeurs, auteurs et lecteurs qui peuvent transformer l’acte de lire et celui d’éditer. Wikipedia n’est qu’un premier exemple de ce phénomène. Si le secteur public et les entreprises prenaient à bras le corps une politique d’innovations et d’expérimentations dans le domaine du livre numérique, nous aurions des éléments pour pactiser avec Google et créer un cercle vertueux où les lecteurs et les professionnels pourraient enfin s’immerger dans le monde numérique sans craindre de s’y noyer.